Journal Traverse - Saison 2 - XV

Dimanche 24 mai 2020

Style

En novembre 2018, j’ai assisté au salon de la photographie à Paris. Ce n’est pas un salon de la photographie, c’est plutôt un salon du matériel photographique. On n’y parle pas de photo. J’y suis à peine resté quelques heures. À cette occasion, j’y ai recroisé (rapidement) Sébastien Roignant qui exposait à la galerie Octopus. Vernissage. Ce photographe est YouTubeur, photographe de mariage et formateur. Il a profité de cette rencontre pour me rappeler que je m’étais dit très intéressé par sa formation lors d’un Workshop portrait en avril 2018. Quelques jours à peine après, je versais l’acompte. Ce fut une décision importante. Elle a changé beaucoup de choses. Elle m’a, notamment, permis d’élargir considérablement mes ambitions. Elle m’a donné les clés pour que la photo de mariage devienne le sésame pour créer, composer, écrire avec un minimum de contraintes. Samedi, je crois, tous les participants de la promo 2019 ont reçu un mail leur proposant de prolonger le suivi, moyennant finance. Le problème de ces formations est qu’elles sont concentrées sur le formateurs et leur expérience. Elle peut être très positive, comme c’est le cas ici. Mais je pense que ce sont des expériences à ne surtout pas prolonger. Si, dans la pratique de la flûte traversière, j’ai réussi à trouver un style propre, à sortir un peu des évidence (même si je tombe dans certaines, comme tout le monde), c’est parce que je n’ai jamais suivi une voie unique. Cette fois encore ça sera le cas. Au premier juin, je perdrai tous mes accès. Mes contacts avec les autres photographes de la formation cesseront à moins que je n’ai eu l’idée de les inviter dans mes contacts sur facebook. C’est dommage, mais aucun regret. Aller plus loin serait une perte de temps et d’énergie. Je ne dois pas refaire les erreurs que j’ai commises lorsque j’étais enseignant.

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Erreur

L’autre grand chantier du moment, c’est la reconstruction du site internet De Fil Mince et de Singe. J’ai besoin qu’il devienne lisible, qu’il devienne tentant, qu’il devienne jouissif, grand, gai et triste. Ça doit faire 15 ans maintenant que j’ai créé ce site qui a démarré comme blog hébergé par overblog (me semble que ça existe toujours). C’est à cette occasion que j’ai fait la connaissance d’Humphrey. Un moment inoubliable. Mais revenons au site actuel. Jusqu’à il y a peu, je le plaçais en arrière plan. Le genre de chose dont je ne m’occupe qu’après, quand j’ai le temps. Je ne mesurais pas à quel point j’avais tord de penser les choses comme ça. Depuis que je travaille, je place l’artistique, l’expressif, le créatif, après tout le reste. C’est pourtant essentiel pour moi. J’en ai besoin. J’ai souvent perdu la motivation par manque d’audience, de personnes à qui dire ce que j’avais à dire à travers la musique, l’écriture ou la photographie. Mais le problème n’est pas là. François B a bien eu raison, à l’époque où j’ai bien failli lâcher YouTube, d’insister sur le fait qu’on doit faire, malgré tout, contre tout. Qu’on doit persister dans son erreur, la faire éclater sous son propre poids (ce n’est pas comme ça qu’il l’a formulé, mais c’est comme ça que je me l’approprie). Je l’ai mis en pratique pour YouTube, pas pour mon site. Et au lieu de soigner mon travail artistique aux petits oignons, je l’ai relégué dans le fond d’un tiroir que je n’ouvre que de temps à autre. Des travaux en perspective, donc. Et des travaux à retrouver, collecter, assembler, organiser. Je pense que je reprendrai de la matière mal dégrossie pour en faire de belles choses. Ça va être un bel endroit.

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Dynamique

Le glissement vers la photographie argentique n’est pas une mince affaire. Pour l’espace artistique, ça passe encore, mais pour l’espace professionnel, c’est plus compliqué. Un projet personnel ne demande aucune validation préalable tant qu’il ne nécessite pas d’apport financier extérieur (auquel cas, il faut apporter une preuve que le projet donnera un résultat exploitable). On peut partir de n’importe quel point, le projet est expérimentation en lui-même. Il ne pas aboutir, ne pas remplir le cahier des charges et malgré tout faire sens. Dans le cadre professionnel, c’est différent. Le commanditaire doit savoir ce qui l’attend. Bien sûr, il peut y a voir des surprises, de l’inattendu. Même si vous êtes payés pour un travail, l’un n’empêche pas l’autre. Il y a une promesse qui change la donne. J’ai fait le choix de proposer de plus en plus de photographies argentiques. Ne faire que ça n’est pas dans mes projets, le numérique me permet de faire des choses qui seraient absolument impensables avec un appareil photographique argentique. Néanmoins, l’inverse est vrai aussi. En partie du moins. Il est techniquement possible d’approcher unes esthétique argentique avec le numérique. Je trouve que c’est parfois réussi. Mais une prestation pro réalisée de cette manière ne change pas simplement les images, elle a également un impact sur l’expérience vécue par le client. Il paie pour voir un photographe travailler à l’ancienne, constater de visu qu’il ne cède pas aux sirènes de la facilité. Même si c’est à tord : le numérique impose des contraintes inexistantes en argentique : le tri des images, la faible dynamique du capteur — même s’il est fort probable que ça change à l’avenir — et aujourd’hui le coût ainsi que l’obsolescence rapide des appareils photo numériques qui rend la nouveauté irrésistible. De ce point de vue, l’argentique aura été un véritable soulagement en me faisait prendre conscience (même si je le savais intellectuellement) que le matériel que je possède est très largement suffisant pour mon usage professionnel comme artistique.

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Dynamique bis

Hier, je me suis pris à rêver à un projet qui me botte. FB a publié une vidéo réalisée avec un musicien que je ne connaissais pas, Kasper T Toeplitz. Ça m’a bousculé. D’une part la vidéo elle-même, le texte, la musique. Aussi pour ce que ça signifie pour moi. J’aime construire des oeuvres qui impliquent plusieurs canaux, qui permettent de dire ce qui serait impossible sans ces implications. Cependant, ce n’est pas la seule alternative. Il ne faut pas oublier que la maîtrise de ces canaux est complexe, voire impossible. Je ne parle pas de maîtrise technique, mais bien de maîtrise intellectuelle. Il ne s’agit pas d’un dialogue, mais d’une rencontre des langues. L’image est peut-être un peu poussive, mais ça équivaut à fabriquer un contrepoint avec une ligne d’espagnol et une ligne d’allemand en espérant que les deux ensemble feront sens. Je n’ai pas lu le texte de Deleuze, mais je pense qu’il faudrait que je creuse. Il parle de disjonction. C’est auprès de mon directeur de thèse, AB, que j’en ai entendu parler pour la première fois. C’est une dynamique, une démarche qui me plaît beaucoup (et c’est peu dire). Mais parfois pesante, car elle demande un surinvestissement souvent décourageant. Alors que de nombreux YouTubeurs (je parle de ceux qui montrent leurs œuvres, comme GD ou SU), écrivent, montent et choisissent leurs musiques, j’écris, je monte et je compose la musique. La différence est de taille : le double de travail. Un temps qu’il faut extraire dans la souffrance. L’idée de travailler avec un auteur en tant que musicien ou avec un musicien en tant qu’auteur, me titille depuis pas mal de temps et le projet de FB et KTT est venu me rappeler que c’était possible et même souhaitable. Si ça se fait, ça ne remettra absolument pas en question le travail que j’ai entamé sur les fragments intérieurs et qui se poursuivra sur autre chose plus tard (lorsque j’en aurai terminé avec les fragments qu’il me reste encore à bâtir avec des prises de vue qui datent de deux ou trois ans).

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Bulle

Cette semaine, j’aurais donc vu l’avènement d’une certitude personnelle : artiste est un métier que je peux et veux pratiquer. Il m’aura fallu du temps pour prendre conscience que l’une des barrières venait, non pas de l’image que je faisais du métier d’artiste (je ne me suis jamais fait d’illusions à ce sujet : c’est précaire et mal payé), mais de la manière dont je vivais mon précédent travail. Je n’ai jamais vraiment expérimenté la précarité et je vivais dans l’illusion qu’être enseignant et avoir la sécurité de l’emploi mettant à l’abri de l’incertitude. Je ne parle pas simplement des risques pour la santé (c’est d’actualité) ou des obligations contractuelles liées au fait d’être au service d’un Etat. Non, je pense au fait que la roue qui peut dérailler est nous-même. Entrer dans la fonction publique sur concours protège du licenciement [1] [2], mais pas de la démission. La sécurité de l’emploi est une fausse bulle qui ne protège pas. À la place, elle met des barrières qui se font passer pour bienveillantes. Ce n’est absolument pas le cas. Cela va faire bientôt neuf mois que j’ai démissionné et aujourd’hui seulement, je prends véritablement la mesure de ce que j’ai vraiment accompli en prenant cette décision. C’est notamment dû au fait qu’il aurait fallu que j’attende encore quelques mois avant de passer à l’acte, c’est à dire le temps de mettre assez d’argent de côté pour dévier la précarité. Il fallait que j’y sois confronté pour comprendre que, dans l’absolu, elle n’était pas où je pensais.

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[1sauf pour faute grave, et c’est normal

[2du moins en ce qui concerne le métier d’enseignant - je n’ai pas une connaissance du service public qui me permet de savoir si c’est le cas dans tous les services publics

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