Journal Traverse - Saison 2 - XIV

Créateur

Depuis plusieurs mois, je suis à la recherche d’un fil conducteur pour ma chaîne YouTube. j’ai imaginé tous les thèmes possibles : la littérature, la musique, la photo, musique et littérature, photo et musique, littérature et photo. Rien ne fonctionne, il y a toujours quelque chose qui bloque. Le problème de cette manière de voir les choses, c’est qu’elle me coince entre d’un côté la culpabilité d’être incapable de faire des choix. Il faut choisir, nous dit-on, il faut accepter de faire le deuil de ce dont on ne pourra pas parler et d’un autre coté, le manque de confiance en soi, le faire de ne pas croire en la légitimité de nos propres créations. Je suis un artiste, mais aujourd’hui on parle de "créateur". La création est le sujet de ma chaîne, ma personnalité, quelle qu’elle soit, en est le fil conducteur, le liant, la cohérence. Une œuvre se construit sur la durée. On ne décrète pas ce que l’on est. L’individu artistique est immanent, il n’apparaît que dans la construction de son œuvre. C’est ce qu’il aurait fallu que je pense depuis des années déjà, mais est devenu nécessaire avec la chaîne YouTube.

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Exemple sur lequel s’appuie l’artiste pour modeler son œuvre

Personnage

La réflexion sur la chaîne YouTube se poursuit. Je reste convaincu qu’il n’y a rien de fondamental à changer. Simplement, je dois affirmer ma singularité. Comme tout le monde devrait le faire, finalement. Mais ce n’est pas tellement moi en tant qu’individu qui est important, c’est le personnage que je représente. C’est une problématique assez récurrente. De nombreux YouTubeurs à succès en ont pris conscience assez tard et gère leur relation avec leur communauté en fonction de ce personnage. C’est d’ailleurs cela qui est étonnant. J’ai longtemps cru qu’en me mettant au centre de ma chaîne YouTube (au lieu de mettre une thématique, un domaine, une activité ou autre), je permettais juste à mon égo de grandir. Au contraire. On expose uniquement ce qui ne nous appartient pas. Et le manque de confiance vient très probablement du fait que l’on s’égare sur ce que l’on expose. On pense cette exposition comme subjective alors qu’au contraire, elle est objectif. On se met en avant en tant qu’objet. Notre subjectivité ne s’exprime qu’au travers du personnage, mais cette expression est très limitée.

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Subjectivité à trois têtes

Esprit

Impossible de dire sans entrer dans une analyse psychologique qui pourrait durer des siècles, pourquoi, soudainement, j’ai enfin réussi à me replonger dans la thèse. Pendant presque trois ans, je ne suis pas parvenu à aller plus loin qu’une introduction qu’il m’a fallu recommencer. D’une nullité absolue (du moins, c’est ce que je pensais). Depuis quelques jours, tout me paraît simple. Tant mieux. On dira simplement que je suis mûr. Il était temps, pour que je puisse passer à autre chose. Non pas que cette thèse m’ennuie ou que je m’en désintéresse. Bien au contraire. Le fait de n’avoir pas réussi à vraiment entrer dedans jusqu’à présent m’a sans doute sauvé de la saturation. Je suis arrivé à environ 2,3% de mon objectif final. C’est énorme. J’ai doublé le pourcentage en quelques jours à peine. Le seul vrai problème que cette durée étendue peut véritablement générer, c’est l’indisponibilité d’esprit à d’autres projets d’écriture d’envergure. J’ai mis longtemps à accepter cela, mais je suis maintenant en paix avec cette idée. Ce n’est pas cette année que j’écrirai le premier opus des récits tournant autour de Beck et de mon ami Humphrey Schrödinger (si jamais j’en écrit un un jour, car la question même du roman n’est elle-même pas résolue).

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Projet de roman

Argent

C’est quand on prend la décision d’essayer de gagner un peu d’argent avec son art (enfin, vous allez me dire) qu’on prend conscience à quel point ça secoue à l’intérieur. Je ne me suis jamais vraiment posé la question de la légitimité de faire de l’art contre de l’argent pour la simple et bonne raison que c’est toujours resté une vue lointaine. Je n’ai jamais réellement espéré en vivre. Je n’y ai jamais cru. C’est peut-être pour cette raison que je n’ai jamais intégré cette possibilité et qu’aujourd’hui je suis incapable de m’y projeter. Il est pourtant évident que j’aurais dû m’y consacrer bien plus tôt, bien plus précieusement. J’ai entendu quelqu’un qui expliquait ceci sur YouTube il y a quelques jours (pas au mot près, mais vous saisirez l’idée) : si l’on souhaite vivre de son art mais que l’on a un plan B, il vaut mieux laisser tomber son projet pour ne se consacrer qu’à son plan B car on sera incapable de mettre suffisamment d’énergie dans le projet. Je l’explique assez mal, mais la condition est de pouvoir s’y consacrer corps et âme. Moi, j’ai fait le contraire : mon plan B était l’art et j’ai tout fait pour l’ignorer. J’ai fait semblant d’avoir mieux à faire : assurer une sécurité financière illusoire. Depuis que je suis salarié (et même avant par mes croyances) j’ai vécu dans un monde qui n’existe pas pour moi. Je pense que c’est l’une des raisons qui me fait me donne l’illusion de l’illégitimité. Ce qui est également illusoire.

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Araignée baladeuse

Estomac

Le choc est rude, mais la machine se met en marche. Dans le dedans, les fondations sont encore fragiles, mais je vois bien qu’il se passe quelque chose, que ça bouge. Rien que le fait de tenter l’expérience de filmer au portable est extraordinaire. Pourquoi ? Parce qu’enfin j’accepte l’idée de la réalisation est toujours un compromis entre le matériau et l’idée. Or, le matériau ici dépend beaucoup du matériel. Impossible de raconter la même chose devant un téléphone portable que sort simplement d’une poche et que l’on active en quelques secondes et devant une reflex numérique équipé d’un micro fixé sur la griffe flash qu’il faut brancher, vérifier, activer. Ça ne veut pas dire que je vais désormais passer au téléphone portable pour réaliser mes vidéos devant l’écran, mais que je vais apprendre à libérer la parole. Encore ce n’est pas vraiment une histoire de libération de parole. L’enjeu est plutôt de se débarrasser dans truc noir et visqueux qui siège dans le creux de l’estomac comme un roi. On devrait y arriver maintenant que l’on a compris qu’il est encore là malgré ce que j’avais cru jusqu’à présent.

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Idée fixe

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