Journal Traverse - Saison 2 - XIII

Dimanche 11 mai 2020

Vocation

Dans quelques jours s’achèvera le confinement. Beaucoup de paroles lues ou entendues laissent imaginer qu’il sera suivi d’un second, dans quelques mois. Ou plus tôt. Difficile à dire. Mais peu importe. Pour l’heure rien à part un soulèvement massif de la population n’arrêtera ce qu’il se passe aujourd’hui. Le journal traverse n’a pas pour vocation de traiter de l’actualité, je m’égare déjà. J’avais commencé ce second journal traverse avec dans l’idée d’en faire une forme de journal de confinement. C’est assez raté de ce point de vue là. Mais le résultat est bien plus intéressant (pour moi) que je ne l’avais imaginé au départ. Sans doute parce que mon rapport à l’écriture a profondément changé ces dernières semaines.

Respiration

Assez fou ce qu’il se passe avec la musique. J’en ai déjà parlé plus d’une fois ici : mes débuts dans l’enseignement en 2003 ont littéralement anéanti mes rapports avec la musique. Avec le recule, j’ai le sentiment que cette période a été un gouffre. Quinze années à retenir sa respiration. Cela doit faire un peu plus d’un an maintenant, je me suis repris à espérer que ce ne soit plus qu’un écart (nécessaire, peut-être). J’avais oublié que je ne peux pas vivre sans musique. De la musique partout, pour tout. Imaginez passer quinze ans de votre vie à retenir votre respiration. Comme si on m’avait privé de moi. Bien sûr, la musique n’était pas totalement absente. J’ai pratiqué, j’en ai écouté, parfois. Mais la plupart du temps, elle me paraissait insupportable ou pas loin. De nouveau, elle est naturelle.

Fantômes

C’est officiel : le Covid-19 n’est plus qu’un mauvais rêve lointain pour les habitants de Beck. Le risque était faible, certes. Néanmoins le doute était là. Maintenir des liens avec le reste du monde est indispensable, vital. S’il est évident qu’il faut laisser aux individus le droit absolu de circuler d’un bout à l’autre du monde, voire au-delà (le danger n’est jamais venu des êtres humains et encore moins du reste des animaux), les mouvements de peurs peuvent être dévastateurs. Humphrey m’a rapporté qu’un couple a été retrouvé mort de terreur dans un hangar désaffecté. Ils ont visiblement tenté de s’y cacher pour échapper aux masses de données circulant entre les mondes. Les soignants sont toujours à la recherche de leurs fantômes. Absolument aucune trace de leur départ. On ne quitte pas un corps comme ça. Ça en dit long sur la situation.

Travail

La surprise est de taille. Depuis des années, j’attends l’occasion de me remettre à monter des ensembles de briques de plastiques autour des univers de guerres stellaires. Les Lego, ce n’est pas simplement du montage de briques. Je crois qu’on aurait tord de réduire ça à un jeu enfantin. Au contraire. Le génie de ce jeu est de nous faire sortir de la pensée magique, de remettre la dimension "travail" dans l’univers du jeu. Je ne suis pas si étonné que des créateurs ou artistes soient passés, dans leur jeunesse, par cette phase certains ne la quittent jamais. D’autres, comme moi, y reviennent. Être artiste, c’est en finir avec la pensée magique. C’est pour cette raison que nombreux sont les "consommateurs" de bien culturels à s’égarer lourdement. Ils confondent arts et culture. Je pense qu’il y a une différence de taille.

Talus

Avec la révolution à venir, c’est notre rapport à la propriété privée qui doit changer. Comment peut-on reprocher à un homme de se balader dans un champ en pleine campagne avec un appareil photo à la main. Tristesse, déception et... je ne sais plus. Ils ont rasé des talus, brûlé des arbres. Je n’y comprends rien.

Jeu

Je n’avais pas vraiment (encore) fait le deuil de mon ancien métier. Et plus que ça, le deuil de la confiance. Comme je l’ai souvent répété, je suis entré dans la vie par un mensonge. Puis, comme tout le monde, j’ai fait les frais d’autres mensonges administratifs ici ou là. Certains sans importance, d’autres peut-être plus conséquents (et encore, c’est aussi une histoire de perception). Le métier d’enseignant est un mensonge que j’ai délibérément accepté de croire. Mais il serait faux de croire que c’est la seule alternative. Et c’est là que je me suis profondément égaré. J’aurais pu ne pas jouer le jeu et épuiser le système. Après tout, quand on en est à un tel niveau de défiance d’une institution, l’appel aux valeurs individuelles reste peut-être la seule alternative valable. Est-ce que cela aurait été tenable actuellement ? Difficile à dire. Mais nous ne sommes pas morts.

Sidérant

La musique de Gustav Mahler est sidérante. On peut l’écouter une fois sans qu’elle ne suscite un quelconque intérêt. De loin, ça ressemble à de la musique de film, sans film. Ce qui est sans doute pertinent. Des compositeurs comme John Williams s’en sont sans doute très inspiré. Pas ce qu’il y a de plus moderne, mais c’est efficace et pas désagréable. Il y a de grands moments dans cette musique. Gustav Mahler nécessite plusieurs lectures. Ce n’est pas un compositeur facile, mais c’est un compositeur accessible. Je n’ai pas fini de m’y perdre.

Glace

Je n’avais pas osé demander de nouvelles de vieil homme dans la montagne (qui s’est fait appeler de cette manière uniquement parce qu’il a toujours rêvé de correspondre à ce cliché) avant aujourd’hui. À Beck, personne ne le connaît vraiment, mais tout le monde en a entendu parler au moins une fois dans sa vie. J’ai eu l’honneur de passer quelques semaines avec lui lors de mon apprentissage. Ce n’était absolument pas prévu, mais mon maître avait une affaire à régler avec lui. Nous ne sommes pas passés par Beck. À la place, nous avons traversé les marais dans une luge tirée par des anguilles géantes. Les premières centaines de mètre sur le flanc de la montagne ont été relativement simples. Ensuite ça s’est corsé : d’abord la chaleur de la lave puis le froid terrible de la neige et de la glace. Il m’a envoyé un message par voie de baleine pour me dire qu’il avait quelque chose pour moi. Une feuille de papier laissée pour moi par un inconnu peu avant ma naissance. Je ne suis pas du tout originaire de Beck, ça m’intrigue.

Univers

Mon idée commence à prendre forme. La chaîne YouTube va devenir plus importante. Il y aura beaucoup de changements. Pas de revirements. Tout sera juste mieux. Plus que de rares vidéos improvisées. Le reste sera scripté, monté. Ces derniers mois, je me suis très lourdement trompé. J’ai cru que je devais trouver un thème fédérateur si je voulais créer de l’intérêt pour ma chaîne : musique, littérature ou autre chose. J’ai beaucoup tergiversé avant de me décider à chercher un compromis autour de la littérature et de la musique. La chaîne serait tournée vers le lien qui unit les deux. Après tout, c’est le sujet de ma thèse et ça confirme que c’est le bon endroit pour en parler. Mais le problème est que cette manière d’envisager les choses m’oblige à parler de. Alors que moi, je veux faire. Mais ce n’est pas la seule alternative. Ça paraît tellement évident, mais le point commun entre tout ça, c’est l’univers de Fil Mince. On n’imagine pas tout ce qu’il faut traverser pour revenir au point zéro. Mais c’est parfois nécessaire.

JPEG - 1 Mo

Vos commentaires

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.