Journal Traverse - Saison 2 - XI

Mercredi 22 avril 2020

Facebook

J’ai envie d’abandonner à peu près tout pour qu’il ne reste plus que des miettes de créations. Facebook me déçoit. Après un éloignement, puis un retour, puis un éloignement, puis un autre retour et sans doute d’autres, j’avais fini par accepter qu’un réseau social est quelque chose de positif. J’ai perdu mes illusions. C’est un peu de ma faute, j’y ai publié pas mal de merde. J’ai tout effacé et ça Facebook n’a pas dû aimer. Le contenu ne doit pas disparaître. Expansion des données. Croissance. La donnée engendre de la donnée. Bientôt l’argent n’existera plus.

Emploi

Humphrey est fièvreux, enfermé dans une chambre de bonne de l’autre côté du mur du port de Beck. Heureusement pour lui, cela n’a rien à voir avec le Covid19. Mais il en a profité pour publier un bref résumé de quelques informations données par le maire de Beck lors d’un récent discours :

« Résumé du discours de ce soir :
Le maire de Beck a décidé d’ouvrir les portes du port de la ville à tous les malades sous respirateur. Ils pourront proposer leurs services aux armateurs quelques soient leurs compétences. Leur rémunération sera assurée par le maire lui-même, indépendamment de toute structure institutionnelle.
Il a annoncé étudier la possibilité de proposer un emploi aux morts du Covid-19, en précisant toutefois que serait pris en compte l’état de décomposition pour la répartition des effectifs. En raison de contraintes sanitaires, ces derniers ne pourront prétendre aux emplois des secteurs de l’alimentation et de la restauration. »

Artiste

Je viens d’avoir une révélation. Le média idéal existe. Il ne s’agit ni de la musique, ni du texte, ni de la vidéo, ni de l’image. C’est tous. Je ne suis pas capable d’être l’un ou l’autre. Je ne serai jamais bon dans l’un ou l’autre. Mais c’est mon corps que je dois y déployer. Il y a des gens qui le font. Le problème est que je suis trop sérieux pour accepter ça. J’ai réussi à me lancer dans la prestation photographique pour gagner de sous parce qu’au final, je n’ai jamais pas pris ça au sérieux. Je me disais que j’allais gagner un peu de sous et que ça me suffirait. Il y a plein de mauvais photographes qui gagnent correctement leur vie. Pourquoi pas moi. J’ai osé parce qu’il n’y avait aucun enjeu artistique. Dans l’art, je dois faire la même chose. N’y mettre aucun enjeu artistique. Et ça sera bon. Et j’aimerai ça. Mais pour ça, je dois devenir un professionnel de l’art.

Nu

J’ai rasé ma barbe entièrement cet après-midi. Si j’avais eu un peu plus de courage, j’aurais fait la même chose avec mes cheveux. Je ne comprends pas pourquoi je m’encombre de cheveux longs qui ne me servent à rien. Ça donne un genre. Il ne me correspond pas, parce que je ne ressemble à rien. Du rien dans le bon sens du terme. Celui qui donne du relief, engendre des formes. Du rien dont le merveilleux peut naître.

Argent

J’ai enfin terminé la première pellicule réalisée avec le Yashica. 12 images que je vais essayer de développer au plus vite. J’ai sans doute bâclé certaines, mais je suis impatient de voir le résultat. Et j’y ai un intérêt professionnel (l’argent, l’argent, l’argent. J’ai promis quelques images argentiques à des domaines avec lesquels j’aimerais travailler. Au moyen format, ça aura plus de gueule. J’ai carte de blanche puisque je ne suis pas payé pour faire ça. J’ai le droit de ne pas baigner dans l’utilitaire. Même après, d’ailleurs. La photographie de mariage ne sera jamais un art, mais peut y contribuer. J’ai décidé de me limiter à dix mariages par an à partir de 2022. 2021 ne compte pas, trop de reports liés au confinement. Mais le jour où je saurai faire de la photographie sans mariage et rester pauvre, je serai encore plus heureux.

Boucher

Humphrey est moins fièvreux aujourd’hui, mais son haleine dégage quelque chose de malsain. J’ai beau me répéter que cela n’a rien à voir avec la pandémie, cela crée une sorte de malaise qui prend aux jambes et au nez (métaphoriquement ou non). Comme une gangrène qui commencerait par la bouche. Les gens ne se rendent pas compte que la maladie commence par la bouche et par ce qui en sort. On déverse des microbes à longueur de journée sur les réseaux sociaux. Heureusement, il y a aussi de bonnes bactéries. Sans cela, nous devrions fermer les frontières, fermer nos bouches et devenir sourds.

Maçonnerie

Je n’ai presque pas touché un instrument de musique depuis le début du confinement. Juste quelques airs pour une série de vidéos que j’ai laissée en plan. J’ai tourné d’autres petits bouts qui risquent de rester mourir sur mon disque dur. Ça n’a rien de grave, mon travail n’en est qu’à son balbutiement. Le démarrage était juste un peu long. D’ailleurs, je compte bien y remettre le pied dès demain. D’abord pour "Pneumatic Cinéma", le terrain de jeu et ensuite pour moi. J’ai compris pourquoi je n’y arrive pas. Il y a des frontières que je n’avais pas encore dépassées parce que je croyais l’avoir déjà fait depuis longtemps. On appelle ça des illusions. En prendre conscience est un coup de pied dans le mortier.

Culte

Aujourd’hui j’ai écouté les Concertos Brandebourgeois et le début des préludes et fugues de J.S. Bach interprétés au piano par Glenn Gould. Ça en étonnera sans doute certains, mais je n’en avais jamais pris la peine. Le culte de la quantité est meurtrier. Je crois qu’on se saborde nous-mêmes en pensant et en faisant penser qu’il faut connaître beaucoup de choses. Je dois impérativement revendiquer mon inculture. Je fais croire, malgré moi, que je suis un puits de savoir. Mais je ne connais rien. Souvent on m’interroge sur la musique. Je n’ai rien à dire, alors j’improvise autour de souvenirs de fac bricolés. Dans le lot, deux ou trois arrangements qui me permettront de sauver la face en cas de révélation de l’imposture.

Capitalisme

J’opterai sans doute pour Patreon. J’ai envie d’essayer autre chose, de ne pas faire comme tous les copains (qui de toute façon feront toujours mieux que moi). J’arriverai peut-être un jour à arrêter les comparaisons. Elles sont, au mieux, inutiles. J’ai déjà parlé de tout ça avec mon psy. Trouver sa place, tout ça. Il a raison. Je pense que j’ai beaucoup progressé. Ces dernières semaines, déjà, j’ai accepté l’idée que j’appartenais à des groupes de connaissances (et je ne parle pas simplement des réseaux sociaux) auxquels j’étais affectivement attaché, mais qui sont de véritable boulets. Couper les ponts n’a rien de facile, on y perd forcément quelque chose. Parfois des amitiés, même potentielles. Mais c’est nécessaire.

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