11 - Gruau, agonie, moisissures

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Mercredi 23 janvier 2013

S’il y a une chose que je regrette, c’est de ne pas en avoir parlé plus tôt. Mais d’ici quelques lignes, ce sera fait et la conscience tranquille, je pourrai repartir sur les chemins gelés de mes si douces et si enivrantes névroses.

Jean-René est un Hérisson connu pour son visage d’ogre, ses cheveux mi-longs flottant sur un crâne étonnamment peuplé et son discours complètement hermétique dont il faut détenir la clé pour espérer, même pas en dégager un concept intelligible, mais en déterminer le sujet.

Jean-René fit son apparition par une belle soirée de printemps où fleurissaient les lampes à huile dans leur écrin de verre. Des enfants, libérés de l’étreinte de parents très attachants ayant cru préférable de les réconforter après que la plus jeune sœur eut découvert une banane entière dans son gruau, une tragédie que les adultes ne pensèrent jamais devoir affronter avant l’émancipation de leurs descendants et qui les troublèrent au point qu’il fut impossible à la mère de mettre un pied dans la cuisine avant des semaines. Des enfants, donc, retournèrent une pierre sous laquelle ils distinguèrent une marque en forme de bogue. Intrigué, le plus vieux parvint à la détacher de son socle et affamé par les restrictions maternelles, l’avala sans cérémonie. Il passa deux semaines à l’hôpital et succomba. L’autre, le plus jeune, n’assista pas à l’agonie de son frère et, lorsque ce dernier fut conduit à l’établissement de soins, resta tenir compagnie au caillou meurtrier resté sur place.

« Sais-tu que je vais bientôt avoir 3 ans ? demanda-t-il à la pierre.
— ...
— Mes parents pensent que je vais devoir travailler et gagner ma vie. Mais je ne sais rien faire. Je n’ai pas terminé mes études. Vois-tu, je sais à peine compter jusqu’à trois et faire formuler un énoncé grammaticalement acceptable. Peux-tu me venir en aide ?
— ... »

Jean-René qui, caché derrière une boîte carottes en conserve ouverte, vide et couverte de moisissures, avait tout entendu, s’approcha en faisant crier les feuilles sous ses pas afin de ne pas surprendre l’enfant dans sa mélancolie.
"Je prendrai ta place, lui dit-il. Je serai toi et tu seras moi." Le petit se résigna. Il comprit parfaitement ce que cela signifiait.
Jean-rené ouvrit sa gueule de hérisson aussi grand qu’il put, dévora le jeune homme et naquit au monde sous la forme du rejeton d’une mère étouffante et d’un père épuisant.

Tout ça pour dire que l’eau n’apprend pas à nager dans une paire de chaussettes.

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