Une allumette dans le désert

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« Parfois, lorsque l’on ferme les yeux, on s’invente une vitre pour se briser dessus », me disais-je en grimpant l’échelle qui menait au grenier. Le problème était qu’il faisait sombre, qu’il fallait traverser un pièce chargée de souvenirs prenant la poussière pour atteindre l’interrupteur. Comme s’ils étaient à quelqu’un d’autre, un boulet que l’on fuit comme la peste mais qui reste attaché, soudé au pied à la naissance. La lumière allumée, je pus enfin me mettre à la recherche de ce que mon cerveau me refusait depuis des jours. Une sensation de résistance, un bruit de faïence brisée, une douleur au pied. De nouveau l’obscurité.

Je ne sais pas pourquoi, il est revenu. Discret depuis des années au point que je l’avais presque oublié. Je me rends compte maintenant qu’un aveuglement partiel n’est pas un problème de vue. Ce qui m’a toujours frappé, c’est cette propreté. Comment se repérer dans le temps lorsque lui-même se cache derrière une poussière fantasmée ? Le mythe du grenier, clé de la mémoire n’est qu’une vaste fumisterie. Pour que cela soit vrai, encore faut-il se souvenir.

Et en ouvrant les yeux, je me rendis compte que je frôlais le fossé. Après avoir mollement évité la catastrophe et salué avec un grand sourire niais les aimables conducteurs qui me dépassaient en me couvrant de politesse avec leur majeur, je me rappelai du café. Surtout ne pas oublier de prendre du café. Quitte à faire de la route pour remplir les placards de la cuisine, autant ne rien oublier.

Dans son grenier, guettant mes absences comme une hache attendant le plus médiocre des prétextes pour s’abattre sur le cou, je sentais son haleine douloureuse me mordre l’estomac. Ma chaussette était rouge de sang quand je suis rentré.

Tout ça pour dire qu’on ne naît jamais vraiment seul...

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De fil Mince et de Singe de Stewen Corvez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

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