Gravitation dans un champ de plumes

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Pendant que je suis là, assis à regarder le parquet onduler, se déchirer, rougir, le noir estomac à plumes perché sur sa branche nue me fait du pied sur le crâne.

Derrière cette jolie phrase pour faire mon malin se cache un constat de faiblesse amère. Que font cet arbre et ce corbeau dans mon salon ? Observation d’autant plus troublante que je n’ai aucun souvenir d’y avoir posé du parquet.

D’ailleurs, je ne suis plus vraiment très sûr que ce salon soit le mien. Ni d’être dans un salon. Ni vraiment d’être cet individu chauve aux lèvres rouges et aux petites dents pointues qui gratte le sol en émiettant un cri de taupe affamée.

Alors je me lève et ferme les yeux pour espérer retrouver une respiration lente et vide de cette anxiété qui me paralyse le ventre depuis mon réveil. Quand je parviens à me calmer, je me rappelle de l’oiseau noir dont les yeux obscurs ne cessent de me harceler. Il me demande si le jour est sur le point de se lever et je lui réponds qu’il va enfin pouvoir commencer à avoir peur.

Il tourne la tête à gauche puis à droite, prend une énorme respiration. Il être sur le point de s’envoler, mais soupire comme un train à vapeur dans une mine de charbon.

Alors je le gifle. Il se rue sur moi en faisant crier son bec sur ma peau. Ma réponse se résume à la paire de chaussures qui traîne à terre. Cela ne semble pas satisfaire mon adversaire qui, ne faisant aucun effort pour se renouveler, agite encore le bec frénétiquement en me laissant tout le loisir de mener ma dernière réplique. Je sors mon grand chapeau noir et le jette sur l’animal. J’entends encore ses cris qui s’étouffent, qui se noient, mais je sais qu’il n’y en a plus pour longtemps.

Lorsque la conversation des mouches se fait plus limpide, j’enlève le chapeau. Le corbeau me regarde en penchant la tête d’un côté puis de l’autre, fait quelques pas vers la fenêtre, me regarde une dernière fois. Il m’a laissé un cercle bleu dans les yeux. Je ne lui dirai pas encore adieu.

Tout ça pour dire qu’il ne faut jamais brûler la queue du diable par les deux bouts...

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De fil Mince et de Singe de Stewen Corvez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

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