Humphrey sous la pluie (2)

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Ma surprise fut telle qu’un dentiste en dentelles n’aurait pas osé planter un pic à brochette entre nos paroles. Des fraises en cette saison, me dis-je, sont un brin de fanatisme douteux, un regard noir sur la moquette virile de nos passions, un terrain vague pour voir s’échouer les baleines à bosses, tant il est vrai qu’elles les roulent.

Revenu à mon interlocuteur, je lui posai la question : "Crois-tu en Dieu ?" Sa réponse, comme un train à grande vitesse perdu dans un marais à mérous, lui échappa des dents. "Mon lapin", il aimait à m’appeler "mon lapin" lorsque les extrémités de janvier lui racornissaient ce que tant de financiers sans foi ni lois aiment à introduire, "Mon lapin, Dieu n’est pas qu’une banalité qui nous accompagne le soir au fond des bois avec une bouteille de rouge et un petit bout de camembert, non. Dieu est un échange de vertus, un œil olympien bercé par les chocs papillonnants de l’existence, un grand magicien pervers qui aspire le jus de nos âmes pour vomir son inconscience sur le monde aussi stable qu’un mikado qu’il a créé pour nous punir".

Ce matin même, alors qu’Humphrey tentait vaguement d’effacer ses abus de la veille à l’aide d’une petite cuillère, seul instrument que ses doigts boudinés et recouverts d’une épaisse couche de ce que son système digestif avait préféré rejeter sous prétexte de "oula, j’ai ma maman qui m’attend pour faire les courses", Dieu me disais encore : "Moi ce que j’aime bien dans les fraises, c’est quand y’a des morceaux de elles dans la confiture. C’est super bon. Mais en même temps, je..." je ne pus profiter de la conclusion de sa réflexion, il venait de se mettre à courir après le chien.

"Est-ce pour Dieu que tu voudrais renoncer à ton vœu ?" demandai-je à Humphrey, dont l’attention semblait se fondre comme une rondelle de beurre dans le brouillard. "Sais pas. Faut voir, mais dieu il a pas un chapeau assez profond pour ramasser des fraises et c’est pas facile." Certes, certes, pensai-je, l’homme a-t-il vraiment péché au point de ne jamais prétendre à la rédemption ?

Je jetai alors au loin, vers les montagnes illuminées par le crépuscule apaisant de cette froide soirée d’hiver, un bâton pour occuper Humphrey, parce que bon là quand même.

Fig.1 bâton lancé vers les montagnes illuminées par le crépuscule apaisant de cette froide soirée d’hiver

Tout ça pour dire qu’il faudra s’attendre à la chute...

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De fil Mince et de Singe de Stewen Corvez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

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