50 - Trou, truffe, illumination

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Et puis il y a eu cette biscotte

La longue pâte molle qui se forme sous la langue s’engourdit par magie. Bien des fois, j’ai essayé de la faire voyager au-dessus de la langue, de la faire voir du pays, mais rien n’y fait.

Toujours la même biscotte au petit déjeuner. Celle du fond du paquet. Au début, je ne l’ignorais, cachée qu’elle était derrière ses congénères. Je ne voyais pas qu’elle me faisait de l’œil à chaque fois que j’introduisais la main dans le paquet en plastique.

Et puis un jour elle m’a mordu. Sur le moment, je n’ai rien compris. Il m’aura fallu des années pour mettre des mots sur ce qui s’est passé. Comme d’habitude, je l’avais beurrée, bien dans les coins comme elle aimait. J’avais pourtant fait très attention à boucher le petit trou du milieu avec un peu de confiture d’abricot (je n’avais plus de marmelade). Mais apparemment, quelque chose l’avait perturbée. J’ai tenté de lui faire dire ce qui n’allait pas mais elle restait muette. Alors j’ai fait ce que je ne me serais jamais cru capable de faire, j’ai appelé Poupoune, le bichon de madame Dubois. Comme tous les matins, il venait chercher les ordres de mission de madame Dubois mère (elles sont deux, la mère et la fille) en échange de renseignements sur les activités louches de monsieur Dubois (le mari de madame Dubois, donc le père de madame Dubois et était retournée chez sa mère après la fuite de son amant qui s’était emparé d’un Zeppelin pendant leur nuit de noces).

Et donc, j’ai demandé à Poupoune s’il ne pouvait pas faire quelque chose pour moi. Il a cru que je me moquais de lui. Alors je lui ai fracassé le crâne avec le bol de céréales. J’ai compris immédiatement que madame Dubois (mère) risquait de se fâcher. J’étais bien embêté, moi, avec la biscotte furieuse qui n’avait toujours pas lâché mon doigt et le petit chien à la truffe couverte de sang à mes pieds. Et là, l’illumination : j’ai posé la biscotte par terre et j’ai filé chez mesdames Dubois (elles ont deux maisons, mais ça n’a pas beaucoup d’importance puisqu’elles déménagent toutes les semaines) pour accuser la meurtrière. Elles m’ont cru, et le juge aussi.

Après ma petite enquête, j’ai un peu mieux compris ce qu’il s’était passé. La biscotte que j’avais injustement fait mettre en prison était la descendante du tout dernier petit déjeuner d’Henri d’Orléan, mort du Paludisme en 1901. Or, je venais de commettre l’irréparable en la garnissant de confiture d’abricot, le presque anagramme de "coati", l’animal familier et amant d’Henri d’Orléan.

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Tout ça pour dire que ce n’est pas parce que la mouette t’agace que la vache te chasse (proverbe normand, je crois).

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