Atelier d’été (7)

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Lundi 29 août 2016

Aller chercher la voix des vivants

Tous les mystères sont décolorés ici.

En dehors de la métaphore du canard qui serait forcément injuste et humiliante, le seul reste de ce qui sort de la bouche est une masse de plastique laiteux, mais pas de ce vain liquide qui coule de la bouteille, mais le vrai, le jaune, celui qui n’a pas encore connu le contact maladroit des hydrocarbures. Est-il pertinent de réduire ainsi la figure de l’homme au cri d’un animal ? L’onde caractéristique de la bête, palmipède ou humain, se dresse fièrement en un percutant bélier ne faisant malgré tout qu’une bien piètre nourriture pour la machine auriculaire qui le transformera le machiniste aux commandes en un tableau coloré d’une affligeante volubilité. L’image accomplie enferme la voix désintégrée dans la poche métaphorique et devient l’emprunte à deux dimensions sensorielles du portrait nuageux inscrit dans l’air du vivant. Le halo brumeux ne se détache jamais vraiment du portrait qui s’instancie, en un mot, du portrifié qui devient présence. L’indétachable nasillarde couleur du canard est comme le tube de colle dont la peau métallique s’est percée à force de détroussages brutaux : une plaie visqueuse et abondante. En son cœur s’écosse pourtant un autre son de cloche. Les claquements doux des copeaux se jettent par grappes au visage de l’aspirant portraitiste qui rumine son obsession pour les anatidés. Les teintes vibrantes, oranges et jaunes oscillent jusqu’aux tympans, celles-là mêmes qui se confondent avec l’instrument niché sous la mâchoire, dans le prolongement du bras gauche. Les teintes vibrantes portent pour le charnu comme pour le boisé le nom de cordes. Mais si le bois a besoin de la chair pour vibrer, la chair n’a besoin que de la chair. Et alors seulement croule sous le poids du fantôme harmonique le timbre cassant du premier canard, celui du vivant démystifié. La lutherie se substitue ainsi à la palmipèdie et étale sous les oreilles toute la verdeur du locuteur dont mains et gorge s’emmêlent les pattes, mêmes voilées. En général, après une âpre ou joyeuse danse, ne traînent que quelques plumes joueuses, quelques pincées de poussière de colophane, des souvenirs à l’emporte-pièce qui recouvrent une couche sonore résiduelle qui a l’épaisseur et la consistance d’un champ de lave dont la masse bienheureuse écrase la ville grouillante de chairs vitrifiées. Chaque pas, chaque harmonique, chaque phonème consonne comme l’allégeance à confédération belliqueuse des sens. C’est que la voix d’un musicien joue du monocycle aussi maladroitement que faire se peut sur la frontière mouvante, véreuse où se battent à coups de fouets, d’aiguilles à tricoter cachées dans des cannes de J le timbre, le son et le sens. Ils vaguent d’épouvante derrière la paréidolie de la voix, rire inconscient de l’amusé cracheur de mots. Écumoire à l’oreille, c’est la main du récepteur méfiant qui vibre, car la parole échangée, partagée est avant tout une histoire, une histoire de vibrations, celle de la matière qui en naît, qui ne rencontre que le rien dans son petit appartement verrouillé jusqu’au jour de l’observateur qui soulève le couvercle laisse sortir le chat.


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De fil Mince et de Singe de Stewen Corvez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

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