Atelier d’été (6)

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Lundi 29 août 2016

Le faux autoportrait comme vraie fiction

Tout est raconté dans les environs.

Je préfère découvrir les mondes habités par moi-même. Je ne voyage jamais loin de chez moi. Je garde les yeux ouverts durant les atterrissages. Les villes m’étouffent. L’absence de pesanteur m’amuse. Je choisis mes vols en fonction des espaces de jeux. Je refuse d’exercer durant les transports. Je n’ai pas de chez moi. Les paysages inconnus me fascinent. L’herbe ne grince pas sous les semelles de mes nouvelles chaussures. Je ne partage pas mes états d’âme avec les hôteliers. Je ne fréquente pas les bars. Je ne lis plus. Je ne rencontre jamais deux fois le même sujet. Je n’ai pas de charge empathique. Je rêve seulement de ceux qui restent. Un jour je passerai. Je manipule mes outils dans le froid. Mes outils sont mes mains. Ma coéquipière tient la flamme. La flamme apaise le froid. La mort est une régulation. Mon travail fait peur. Je joue avec la peur. Je m’incline devant la peur. Je ne ris pas. J’ai appris à sourire. Je prendrai des initiatives. J’aime voir blanchir les peaux. Je ne tremble pas de la main gauche. Je suis droitier. Ma pudeur m’interdit les urinoirs. Je négocie toujours le prix de la chambre. Mon employeur paye les extras. Je ne vis pas en dehors de mon travail. Je replie soigneusement les serviettes de toilette. Les feuilles ne bruissent pas sous mes pieds. On ne m’attends jamais. On attend ce que j’apporte. Je n’apporte rien. Je ne sais pas si on m’oublie. Je supporte les extrêmes différences de gravité. Je dois surveiller la pénétration atmosphérique de la lumière stellaire locale. La forme de mes doigts ne trahit pas mon âge. Je force mon corps à supporter les carences. Mon sac à dos contient le minimum. Je ne survivrai pas dans le ventre d’une baleine vivante. Les mondes ne se visitent pas. Un jour, j’ai découvert une stèle laissée par un lointain prédécesseur. Je n’ai pas eu d’enfance. Je ne suis pas affecté par l’âge des sujets. L’intensité de mes soupirs est une mesure de temps. Malgré ma fonction, je ne suis pas dans l’obligation de porter du noir. Je m’habille de noir. J’aime fourrer la main dans la poche gauche de ma veste pleine de petits bouts de papier déchirés. Mes mains sont plus belles quand je retire doucement mes gants noirs. La peur vire au soulagement. Je ne me protège de la pluie que lorsqu’elle est froide. La boue autour de mes genoux est comme une seconde peau. La couleur de la canopée me renseigne sur les difficultés du terrain. Souvent je me trompe ou mon vol passe trop loin. J’ignore qui sera mon passeur. Je n’aurais pu être la « parole », je n’ai pas suffisamment de patience. Je n’aime pas toucher le cœur, pourtant doux et chaud.


Licence Creative Commons
De fil Mince et de Singe de Stewen Corvez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

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