Atelier d’été (5)

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Mercredi 17 août 2016

La route rouge de Rimbaud

Tout est raconté par ici.

La respiration de la machine à traire grêle par vagues furieuses et soudaines. Quelques énormes bouses explorent le fond de la rigole, sont emportées par l’implacable râteau multiple qui n’en finit de boucler en suivant les deux couloirs des ruminantes, comme un prisonnier au fond de la cour, mais sans le ciel au-dessus des cheveux. Les demoiselles couchées se relèvent aux coups de paume sur le dos, le cou orné d’un collier de fer fixe qui lui accorde l’immense privilège d’une foison de glissades de haut en bas et de bas en haut selon l’humeur de la laitière. Entre les deux colonnes pas tout à fait complètes des caisses bleues renversées, tâchées de vieux maïs sec, dominent la pente descendante autour de laquelle de consciencieuses mastications céréalières se font face. Le bleu s’étale doucement, auréolant successivement chaque centimètre carré d’air. Si chacune de ces captives sait où elle câlinera une nouvelle fois la lente simulation d’étranglement, ce sont toujours les mêmes qui se font remarquer en ne suivant pas la même route que les braves, espérant vainement se passer de passer leur tête entre les mâchoires usées. Pour l’accompagner dans son ascension, le gras et les vrombissements du moteur de la relique motorisée à la casquette aussi décrépie que celle de son chauffeur. Elle tient du miracle, grâce à ses seules rouflaquettes. Sous l’effet de ses épais pieds caoutchouteux, les bouses solaires et sableuses s’envolent pour croiser le bleu des caisses, mais échouent dans leur enfantement ; l’enfant putatif reste hors d’eux, hors des murs, cantonné à l’autre réalité. Explosion d’arrogance à l’arrêt de la relique à rouflaquettes, éclatement de bleu nuageux, métallique, vague reflet de caisses éprises de liberté mensongère. Les craquements sous les petites ouvertures prendront un jour leur revanche pour peu que les dernières héritières n’éclatent pas sous le poids des lointaines tôles d’amiante jalouses des bien plus bases rebelles.

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De fil Mince et de Singe de Stewen Corvez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

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