Atelier d’été (2)

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Lundi 25 juillet 2016

Autobiographie aux noms propres

Tout est raconté ici

Saint-Eutrope, dans la Commune de Plougonven, Finistère nord, en bordure extrême des Monts d’Arrée. Beaucoup de rues ont été nommées après de nombreuses années d’anonymat. Alors les adresses sur les cartes postales et les lettres ont changé. Dans la rue Woas Kam, il y a les restes de l’ancienne école, abandonnée dans les années 1990. Celle-là était habitée par des familles qui se garaient sous le préau. La raser n’a pas changé grand chose puisqu’il y a à la place des logements. Sauf qu’il y en a plus, la cour est elle aussi habitée maintenant. À quelques pas, se déploient des champs en jachère. Parmi eux, il y a celui qui est traversé d’un talus, couvert de hautes herbes jaunes. Pas très loin, il y a ce que personne ne connais mais que tout le monde soupçonne. Le terrain de jeu, est un terreau d’histoires.

La nouvelle école, place de l’église, possède ce que l’autre n’a pas : un nom, celui d’un homme encore vivant à l’époque de son inauguration, Jacques-Yves Cousteau. Les fenêtres triangulaires, comme la plaque ornée de vagues sur la façade de l’école maternelle. Dans la bibliothèque, il y a encore Cousteau. Un pan de mur entier est vitré mais il ne donne pas sur l’extérieur. Il s’ouvre sur un patio et quelques plantes.

Plougonven ne s’achève pas là. Trovoas touche presque Morlaix, mais pas tout a fait. Le quartier conduit à la ville de deux manières. On pénètre dans l’urbanité par la route de Callac ou la voie de chemin de fer transformée en chemin de randonnée. Sans les rails. Cette dernière emprunte le Pont Noir. Lui non plus n’existe plus. Mais on ne l’a pas déplacé, on l’a remplacé par son autre, celui qui n’est pas en métal et qui ne vibre pas lorsque que les vélos le traversent, sur lequel ils ne font pas de vagues. À Morlaix, il y a des maisons bizarres avec des ponts, des rivières et des chemins tordus pour y accéder, connus des seuls initiés, même pas de ceux qui y habitent. Eux-mêmes ignorent qu’ils habitent ces bâtiments si étranges.

Des gares elles aussi désaffectées sillonnent le chemin quand y pédale vers Carhaix. À Coatelan, elle est devenue dans le désordre un restaurant, un bar, un bar, un restaurant, rien, un bar, rien, un restaurant. Vers le Kermeur, où une autre école a vécu, se succèdent plans d’eau, champs, bois, ruisseaux, rivières, où se croisent d’autres chemins, d’autres routes, on s’évade vers l’inconnu, vers le milieu, le centre, la terre. Et une autre gare. La Gare du Kermeur, où rien ne laisse supposer qu’on s’y intéressera un jour. Sa cave ouverte sur l’obscurité, les fantômes, les impacts louches sur les murs. Aussi la mort rôde, les enfants ne sont pas épargnés. Aucun n’a succombé aux mystères de la cave, mais elle a quand même été bétonnée, bien des années après.

Au bout de la route de Callac, il y a un rond point. Longtemps un feu rouge a fait la circulation avant de se faire griller la politesse. À gauche, il faut monter la rue des Brebis, puis prendre à droite au bout de deux ou trois cent mètres une côte encore plus pentue pour atteindre le collège du Château et son parc avec sa tour, ses odeurs de papier toilette mâché et ses fumeurs de cannabis en culotte courte. Au lieu de prendre en voiture la raide rue, les parents et le car déposaient et peut-être encore, les adolescents à l’entrée du rue piétonne, un peu plus haut sur la rue des Brebis. Le collège a brûlé. Alors on l’a semé de préfabriqués et d’accès interdits aux élèves. Des murs ont été livrés pendant au moins quatre ans, ont été assemblés, peints, coiffés, et égayés d’enseignants. Les mêmes que dans l’autre. Pour une fois, ce ne sont pas les vivants que l’on change, mais la pierre et le béton. Ça ne dure qu’un temps. Combien ont survécu à la substitution ? Les murs peuvent vieillir, les gens ont repris leur place.


Licence Creative Commons
De fil Mince et de Singe de Stewen Corvez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

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