40 - Huître, gallinacée, cuisson

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Mercredi 27 novembre 2013

Humphrey et le diable de Pythagore

Une peau fêlée. Humphrey se glissait doucement. Quelque part au fond de la grotte brillait la dernière nuit du diable. Le diable de Pythagore. Il m’avait dit de rester à l’arrière. J’ai obéi. Et je le regardais brûler tranquillement. Il n’avait pas l’air de souffrir. D’un autre côté, il avait quand même un avantage non négligeable. Celui d’être déjà mort. Vraiment très très mort.

Le diable de Pythagore ressemblait un petit œuf tout noir encerclé de rayons blanchâtres. Il roulait du nord au sud et du sud au nord et poussant de petits cris riants. J’attendais qu’Hymphrey en termine en sifflotant comme une huître dans une marmite de houblon. Au plus vite, si possible, tant il est vrai qu’un petit œuf tout noir encerclé de rayons blanchâtres n’a rien de bien rassurant, surtout lorsque l’on vient d’échapper de justesse à un troupeau de gallinacées déviantes géantes à tendance non volante.

Humphrey avait projeté de récupérer cet œuf pour se refaire une consistance (la dernière tentative ayant échoué, malgré ce que j’ai pu en dire il y a quelques mois). Il m’avait embarqué pour mes hautes qualités aventurières (j’avais déjà sauvé des eaux une bonne dizaine de sacs en plastique). Le principe était finalement assez simple. D’abord récupérer le diable – à l’heure où j’écris, me demande encore si nous encore (notez bien que je n’ai pas saisi le sens de cette phrase, ne m’en demandez pas plus). Ensuite amplifier la composition moléculaire de l’œuf. Le but étant d’obtenir la quantité suffisante pour que mon ami puisse y plonger son corps fantomatique entièrement sans rogner sur la qualité. Et pour finir la cuisson, et un corps parfait pour l’ancien marin.

Il parvint donc à récupérer l’ovoïde, non sans mal. Le saisissant d’abord des deux mains il eu la surprise de se mettre à éternuer. Des clous furent expectorés violemment sur l’objet. Nous échappâmes au pire mais par je ne sais quel miracle, l’œuf n’avait rien, mais il dut le reposer. La seconde tentative n’en fut pas plus fructueuse ni désastreuse. Ni la troisième, ni la quatrième et encore moins la cinquième. Ayant commencé ce paragraphe par la fin, on peut difficilement considérer que le suspense est à son comble, mais on fera comme si. Cependant, au bout d’un moment, Humphrey n’eut plus de clous à cracher. Le sol en était certes couvert, mais nous avions un peu de temps devant nous et quelques kilogrammes de barres chocolatées en poche. Nous entreprîmes donc de planter tous les clous au sol un à un. Quand la semaine de travaux fut écoulée, nous traversâmes la grotte et sortîmes. Ce ne fut qu’à cet instant que nous réalisâmes que nous aurions pu nous épargner quelques jours d’efforts en ne clouant que la surface nécessaire à notre passage et nous pas toute la grotte.

J’avais d’abord été très surpris par la suggestion d’Humphrey. Je ne l’imaginais pas dans la peau d’un œuf et encore moins dans sa coquille. Mais de coquille il n’était pas question, mais de transport, oui. Je n’avais ni voiture, ni cheval, ni vélo. Appeler un taxi ? J’avais par malheur cloué mon téléphone portable au fond de la grotte. Nous allions donc subir la pire des humiliations : marcher.

Une fois rentrés, nous bûmes un bon verre de whisky pour de débarrasser de la crasse dont nous vêtements étaient imprégnés. Par mégarde je fis une omelette. Dépourvu de mémoire, Humphrey ne m’en tint pas rigueur et reparti aussitôt joyeusement à la recherche du diable de Pythagore.

Tout ça pour dire la voix du train est sans faim.


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