Le serpent des pois (3)

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Les rideaux s’endorment, les poissons écarquillent les yeux, le chauffage s’arrête, le lapin cesse de suer. Mon cœur ne bat plus. Comme un trou qui s’ouvre sur la mémoire, un train de ténèbres qui absorde les dernières joules que mon cerveau émiette. Un renoncement. Une tâche de bleu fait un pied de nez à l’obscurité des mailles. Une tâche de rouge. Un tâche de jaune, dans un tourbillon, j’en ai la nausée. Je suis en train de me dire que mon facteur mériterait une fessée. Il n’aura pas son yaourt aux poireaux.

Mon ventre se révolte, sa révolte devient une obsession. Je vomis sur le cadeau empoisonné.

Pour tout dire, je suis un athée convaincu, je n’ai jamais cru, ne croirai jamais qu’une vague et grossière entité transcendante se rince l’œil à charger de foudre les gabegies des amas de cellules qui se déplacent, mangent, se développent, se reproduisent.

Mais là quand même, j’en ai le slip qui se dilatte. Je perds les eaux. Comme si mon estomac ne s’était jamais mieux porté, aucune trace de mes souillures, du cri de haine qui a eu raison de mes entrailles. J’ai le souffle court. Je me demande si je dois avoir peur ou me rebeller encore une fois. Mais je ne suis pas paralysé. Je recule, mon bras s’allonge, je renonce à ma colère et attendant la chute, je finis par laisser glisser mon dos contre le mur que j’ai fatalement atteint dans ma fuite cinématographique.

Les maillent continuent à s’élargir, mais je ne peux toujours pas retirer ma main. Je ferme les yeux et me dis qu’il n’est jamais trop tard pour mourir. Je ne parviens plus à ouvrir les yeux mais je vois quand même. Plus de jaune, de bleu, de rouge. Mes mains ont la consistance d’une opération mentale, mes pieds ne sont même plus des mirages. Je n’ai plus la nausée. Au moins ça, ça me rassure.

Tout ça pour dire qu’on ne meurt jamais deux fois éternellement (Maëster)

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De fil Mince et de Singe de Stewen Corvez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

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