30 - Encre, leçon, socle

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Samedi 15 juin 2013

Eau plate

Cette horrible sensation. Un doigt crochu qui commence par le bas du dos, gratte la peau jusqu’à l’écorcher. Arrivé aux omoplates, un second doigt s’ajoute et l’ongle s’enfonce encore plus dans la chair. Les épaules sont mieux servies. Trois doigts et ce sont les fibres musculaires qui s’amusent un peu moins. On réserve les quatre doigts pour un saut dans le vide qui fera renaître la douleur dans la plante des pieds. À quatre doigts, deux mains.

Si tout était aussi simple, un souffle dans le cou, une haleine bienheureuse, et de la chair meurtrie il ne resterait qu’un vague souvenir nauséeux. Le souffle puant, cependant, ne souffre pas l’empathie.

Au fond, l’étang.

L’encre a fini de s’étendre dans le ciel, le gros rond jaune qu’on attendait a disparu pour quelques heures. L’herbe n’est pas encore humide mais les plus hautes brindilles commencent à s’agiter. Un visage indéterminé s’extirpe tant bien que mal du timide feuillage. Il est maigre, terriblement maigre, et pâle comme les dents d’un communiant s’apprêtant à vendre son âme minuscule à dieu.

Il est nu. On devine facilement qu’il n’a aucune déformation osseuse, et c’est heureux, tant la chair qui recouvre son squelette semble avoir intégré les leçons de discrétion enseignées par le jeûne.

Rien autour de lui. Il est vraiment seul, à part nous, omniscients, qui l’observons par transmission de chimères. Alors il court et plonge dans l’étang vibrant en harmonie avec le vent qui laisse se déposer à pas de loup les fines couches de brume. À part quelques gouttes tombées de leur socle végétal, le silence durcit et s’endort.

Il pose sa tête déformée par le sourire de la vase sur une pierre glissante, mais les écorchures lui confèrent un certaine stabilité. Sans paupières, il est difficile de fermer les yeux. Alors, comme toutes les nuits, il recouvre ses globes oculaires de quelques feuilles mortes arrachées au passage à la surface. Bientôt il n’y aura plus rien à gratter, plus de nuits. Il pourra se reposer.

Tout ça pour dire que le crabe ne rêve pas.

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De fil Mince et de Singe de Stewen Corvez est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

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