Expérience de dissection sur soi-même

Demain, je me lèverai pour une vivre une expérience de dissection sur moi-même. Je vais me rappeler une autre expérience terrifiante, déjà vécue par l’ancêtre que je fus moi-même, il y a un peu plus de trois siècles. Je suis vieux et ancien, quelque part déjà croulant sous l’âge. Et pour cause, je travaille avec des enfants dont on pense qu’ils sont des adultes rouges et fiévreux.

Demain, je me lèverai très tôt pour être fou, improviser, être théâtreux, personnage, drôle d’oiseau. J’aurai enfin de jeter à la figure des adultes la morsure grasse et noire qui me mordille l’estomac depuis les mots écharpés qui m’ont agressé à la sortie de mon inconscience.

Demain, je me lèverai pour revivre une autre mort. Comme celle que j’ai déjà vécue il y a trois, alors que je commençais tout juste à titiller la part bleue dans mon ventre.

Demain, je me lèverai pour sentir entre chacune de mes côtes le froid du fer rouillé de la lance avec laquelle on s’acharne à me chatouiller. Le plus rigolo sera quand sa pointe commencera à remonter doucement vers mon cerveau. Là, je vais m’amuser. M’amuser, m’amuser.

Demain, je me lèverai pour quoi ? J’aurai passé la nuit à sucer la pourriture qu’il me reste sur les os. Je suis un Christ, un absorbeur de culpabilité, une machine qui se gonfle d’eau lourde pour attendre avec la joie d’un édenté affamé devant un cailloux, une fissure dans le réacteur.

Bref, demain, on va lever les voiles et mes os ne s’en porteront que mieux.

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