De Fil Mince Et De Singe

Murmures, ruines, singe

Langue Horizon

Je suis prisonnier du temps et du vent. Ils sont l’ultime nourriture de mes réalités. L’arbre se couche sous les murmures, mais c’est moi que l’on appelle, moi dont le nez s’écrase sur les murs noirs. Il saigne. Le sang coule avec mélancolie jusqu’à une main ridée. L’herbe l’empêche de s’agripper à ma jambe. Alors je ramasse cette main parce que je la connais. Le sang est maintenant sec et l’os jaunit à vue d’œil et s’assombrit jusqu’au noir. Je me demande si c’est encore un rêve, alors je regarde autour de moi. Je suis aussi réveillé qu’un chien enragé sous cocaïne. Je veux quitter les ruines où mes peurs s’entassent, où les morts se moquent de ma faiblesse, où les yeux de Dieu sont fluides. Je ramasse quelques pierres pour les jeter sur les murs vieux et paniquants qui se rapprochent de moi. Des tas de murs. Une horreur mutante. On dit qu’elle naît au moment où les flammes qui mangent le cœur se reconnaissent comme telles. Je me tords dans tous les sens pour les éviter. Et visiblement je suis doué pour l’exercice. Elles renoncent. J’ai réussi à sauver mes propres mains. JPEG - 462 ko

Le dessin que je trace sur la grande porte ouverte n’est pas celui que j’avais imaginé. Le mien était maigre et droit comme une excavation du temps. Celui qui apparaît devant moi est convenu, légèrement frissonnant. Je le vois qui s’enferme dans une petite cage sombre. Je veux le suivre, mais dès que je m’approche trop, il crie et je prends peur. J’aimerais le suivre alors je pleure pour l’amadouer. Et il s’enfuit sans moi. Je réalise un autre dessin. Je lui parle plus doucement, je le caresse comme un plaisir transcendé. Il m’écoute, intrigué. Même s’il met un peu de temps à comprendre où je veux en venir, je sais que j’ai atteint mon but. Il me parle alors longuement. Cela prend des mois, des années durant lesquelles mes cheveux blanchissent et ma peau se ride. Je ne me nourris plus que de ses paroles. Et je ne vois pas immédiatement qu’il ne me tient pas les poignées. Je crois un instant qu’il me ment depuis le début et qu’il me veut du mal. Il dément férocement en me déchirant l’oreille droite avec les dents.

Il m’abandonne subitement près de la rive, alors que je ne sais même pas que mes poumons sont capables de fonctionner à l’air libre. On me tire, on m’arrache à l’eau bouillonnante. Plus rien ne me rappelle les dessins que j’ai tracés. Je les ai oubliés comme eux m’ont jadis oubliés. Je hurle parce que mes connexions neuronales m’ont trahies. Je n’ai pas la force de l’arrachement. La rupture n’est pas encore consommée entre l’abondance et l’horizon. Il n’y plus d’horizon. Ce qu’il reste, c’est une murène à la bouche close qui trépigne d’impatience à l’idée d’être enfin débarrassée des mots injustes dans sa grotte. Elle ne sait pas qu’elle vient d’enfermer la langue dans un siphon. La parole singe la cavité tremblante des mythes, pour tresser les lignes de fuite dont on tisse des cordes. Il faut parfois longtemps pour apprendre à les mâcher et à les cracher sur les tombes de nos vivants.

https://youtu.be/yt9Yyp0_HQs

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