La fin des ateliers d’écriture

, par Stewen Corvez

Mercredi 27 juin 2018

Une rencontre aura été déterminante dans mon parcours d’écriveur : les livres de Martin Page. Il y a environ 5 ans, j’ai lu "Comment je suis devenu stupide". À l’époque j’écrivais des tas de nouvelles sans grand intérêt. Pas pour me déprécier. Juste, pas comme ça que mon cerveau fonctionne, c’était une perte de temps (enfin pas complètement, car sans ça, je ne serai pas revenu à mon écriture). Suite à une certain nombre de péripéties (dont la conséquence majeure aura été un mariage civil en novembre 2014), j’en suis venu à lire le très court bouquin mentionné quelques lignes plus haut. Là, j’ai commencé à me dire qu’il y avait peut-être d’autres voies à suivre (sans encore avoir compris que je n’étais pas mauvais écriveur, juste que j’envoyais mes textes où il ne fallait pas).

Et sur le mur facebook de Martin Page, j’ai vu intervenir un type un peu incongru : François Bon. Je n’avais jamais entendu parler du bonhomme, mais je m’y suis intéressé. Il causait pas mal d’écriture d’une manière un peu neuve par rapport à ce à quoi j’étais habitué (la SF et la Fantasy, c’est bourré de vieilleries - heureusement qu’il y a quelques exceptions). J’ai déboursé 20 ou 30 € (une poussière de reconnaissance), je me suis jeté dans un premier atelier d’écriture, propulsé par lui-même via son site internet. J’ai appris.

L’année d’après, après moultes échanges et tout il a proposé à moi, ainsi qu’à d’autres blablateurs dans mon genre, de participer à un projet : "Le livre à venir". Pas un recueil, mais une vitrine vers les éditeurs de projets en cours. Je ne détaille pas, mais ça m’aura bien secoué : mener un projet, l’éclaircir, élaguer, savoir vers où et comment y aller. J’ai livré quelque chose de très moyen qui n’aurait certainement pas convaincu grand monde, en tout cas pas un éditeur qui m’aurait intéressé (j’avais publié une seule nouvelle auparavant, texte que je trouve assez confus et qui me plaît très peu. Pas de la fausse modestie, j’ai écrit des choses depuis dont je suis bien plus fier. Le journal traverse en fait partie). François Bon a laissé tomber le projet.

Quant à moi, ça a déclenché une première réaction : faire le tri dans mes textes. En gros, j’ai jeté tout ce qui datait d’avant ce livre à venir. Y compris le texte proposé à François (que je considère comme le dernier représentant de cet passage nécessaire). Enfin presque, il est juste posé à côté de la corbeille. Seconde réaction, me remettre au livre à venir. Sous une autre forme. Cette première version, je ne l’achèverai probablement pas. Je suis parti dans une direction qui ne me plaît pas. N’empêche, projet dont l’inachèvement me plaît, lui.

... Et de là est né le "Journal Traverse". Projet qui connaîtra une publication (je ne sais pas encore sous quelle forme, ni quand. Écriture pseudo-quotidienne).

Mais le livre à venir n’est pas mort. Le projet abandonné a donné naissance à un autre livre à venir qui lui, cogite toujours. Mais il existe. Là. Et j’en viens à la justification de mon titre. Sûrement la meilleure chose qui ne me soit jamais arrivée. Je ne vais pas entrer dans les détails sur la manière dont je fonctionne lorsque j’apprends (en musique j’ai connu pareil et en photo ça viendra très probablement dans un an ou deux - encore que là, c’est assez différent. Je pourrais en causer). François Bon (encore lui) a lancé un projet assez monumental pour cet été. Quatre mois d’atelier d’écriture en une cinquantaine de propositions.

Une confrontation très difficile face à mes propres fantômes : comment caser une telle quantité de travail dans mon quotidien ? Comment écrire alors que j’ai déjà d’autres projets sur les rails ? J’y suis allé... Et j’ai compris une chose : je ne dois pas écrire en fonction de ma disponibilité. C’est mon quotidien qui doit s’organiser autour de l’écriture. Ça peut paraître assez insignifiant, mais ça change tout, y compris sur le fond des mes textes, du sujet qui s’objective dans l’écriture. Et je passe sur les questions de culpabilité, qui disparaissent.

Cet atelier est un basculement énorme où l’écriture trouve enfin sa place. Je n’écrirai pas sur la manière dont j’écris, ni sur ce que sa bouscule en profondeur. Pour l’instant, j’en parlerais très mal.

Le dernier, donc, parce qu’il marque le point de rupture où me détacher de l’inertie des mouvements collectifs est devenu nécessaire (je m’étais promis de ne pas en parler, mais c’est comme en musique : j’ai pris un an de cours de flûte traversière, observé comment les autres apprennent et évoluent, puis compris - inconsciemment - que j’étais ailleurs.) En rien ça n’empêche l’apprentissage (on apprend toujours et il est essentiel d’avoir un œil très critique sur son propre travail).

Ça ne marque le début de rien, mais un gros coup de pieds aux fesses hors des sentiers battus. Deuxième fois que je connais ça, mais la première fois que je le vis en ayant conscience de le vivre. Je vous souhaite à tous au moins autant, sinon plus.