Fils de voix et de singe - 03 - Journaux Sportifs

, par Stewen Corvez

Lundi 13 novembre 2017

Journaux Sportifs

https://youtu.be/GpvvtYz0JzI

J’abîme du vent et de la salive comme dans les titres d’un journal où je choisis d’être. j’ai perdu quelques ancres, quelques charges communes. Quelques bétonnières de silence. Maintenant je vois, où sont les morts de nos villages, où sont enfermés nos visages. Combien de gouttes d’encres encore à porter avant de devenir éléphant ? Deux ou trois, peut-être moins. En tout cas, une infinités d’insignifiances.

Le journal, lui, n’avance pas. Parler avec le ventre est un sport. Et dans le journal, souvent on prend des nouvelles des sportifs. Mais aujourd’hui les sportifs sont des noyés et on n’entend plus parler d’eux. Enfin si, peut-être un peu. Peut-être que moi je les entends, les sportifs, dans leur grande cabane de monstre et d’argile, légèrement feutrée et chantant les délires de quelques cheveux blancs qui traînent sur le couvercle de leurs soupières.

Leurs bonnes vieilles soupières sourdes. L’hiver avance à pas de sangliers. Les muscles gèlent et les chevreuils noyés vous regardent sous la glace. Les corps humides des sportifs s’enfoncent un à un dans la boue dure comme du marbre. Et, juste pour se faire plaisir, s’offrent des câlins rouges ; et quelques bleus, aussi. Seulement, entre le rouge et le bleu, c’est le bleu le plus fort.

Alors, il faudra attendre la fin de l’hiver et la résurrection des forêts pour que de nouveau, les froissards se défassent et se remplissent d’alcool jaune. Pas celui des magazines de fonds de caves, mais celui des remarquables chercheurs de vers. Il a bon dos le ver quotidien, celui qui s’asperge de sueur et de larmes en fronçant les sourcils. Alors pourquoi le sportif, lui, ne craint pas de finir six pieds sous terre ?

Je n’aimerais pas être immortel, vivre dans un journal mal plié, dans un onglet ou au fond des mines. Il faut du courage pour rappeler son corps, la mémoire du corps ne fait pas de vagues.

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